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Les systèmes de santé en Afrique de l’Ouest
SANTE

Les systèmes de santé en Afrique de l’Ouest

Comment améliorer le fonctionnement des systèmes de santé au bénéfice des populations ?

Le premier débat de l’année 2019, initiative de WATHI, laboratoire d’idées citoyen pour l’Afrique de l’Ouest, a porté sur l’amélioration des systèmes de santé. Ce numéro de Mataki est une synthèse très sélective des contributions au débat sous forme d’articles et de commentaires publiés sur le site de WATHI. Il présente aussi des extraits choisis de rapports et études d’experts, de chercheurs et de diverses organisations sur le thème de la santé publique. Ce document propose cinq pistes pour orienter l’action collective des citoyens et des décideurs afin d’améliorer les systèmes de santé dans la région. Pour rappel, WATHI se focalise sur les quinze pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest auxquels s’ajoutent le Cameroun, la Mauritanie et le Tchad. La perspective de WATHI est panafricaine et de nombreux constats et pistes d’action sont valables pour les autres régions du continent.

Les indicateurs sur la situation sanitaire en Afrique de manière générale et dans les pays de la zone WATHI de manière spécifique montrent des progrès incontestables et réguliers au cours des deux dernières décennies. Les évolutions restent contrastées d’un pays à l’autre, certes, mais la tendance globale a été positive. Les progrès ont été particulièrement freinés par des contextes de conflits armés et/ou des crises sanitaires exceptionnelles, la plus marquante et la plus récente en Afrique de l’Ouest étant l’épidémie à virus Ebola, qui a affecté lourdement le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée.

Les indicateurs de l’état de santé se sont améliorés en grande partie grâce à l’ampleur des contributions financières internationales pour combattre des grandes pandémies, le paludisme, la tuberculose et le VIH sida. Le fonds mondial a ainsi joué un rôle central dans tous les pays de la région et permis d’alléger considérablement la facture sanitaire des États et des populations. Le revers de la médaille a été la permanence d’un effort insuffisant des Etats pour financer les investissements dans la santé de leurs populations. Les objectifs maintes fois proclamés n’ont jamais été atteints, le plus connu étant l’engagement des États à consacrer 15 % de leur budget national au secteur de la santé (déclaration d’Abuja).

Les données montrent clairement la défaillance des États sur cette question. Le manque de financement signifie augmentation forte des dépenses de santé financées par les populations elles-mêmes, dans le contexte de pays à revenus faibles voire très faibles, et de pays où les inégalités spatiales sont restées énormes. Ces inégalités sont saisissantes autant en matière de répartition géographique des établissements de santé qu’en matière de disponibilité des ressources humaines essentielles dans le domaine de la santé.

Les constats sélectionnés présentés dans ce document ne prétendent nullement à l’exhaustivité. Ils mettent cependant le doigt sur les dysfonctionnements, les manques, les problèmes majeurs des systèmes de santé de la région. Au-delà de la rareté des ressources disponibles pour financer le fonctionnement des services de santé et l’investissement dans l’amélioration des systèmes, des problèmes d’organisation et de gestion des établissements de santé sont récurrents. Les pistes d’action présentées visent à répondre à une partie des défis les plus urgents et les plus importants dans le domaine de la santé des populations, en tenant compte de manière réaliste des capacités financières limitées des États et des populations de la région.

Les pistes d’actions

1- Mettre en place une politique préventive de lutte contre les maladies au cœur du système de santé, et pour ce faire :

a) Inclure la prévention, les soins de santé primaire et les principes de base de la santé mentale dans le parcours de formation de tous les professionnels de santé. 

b)Inclure la prévention des maladies, des accidents domestiques et des accidents de la route dans les programmes scolaires de l’école maternelle à la fin des études secondaires et s’assurer de la formation préalable de tous les enseignants dans ce domaine. 

c) Élaborer des documents explicatifs succincts en mots et images à l’attention des parents qui sont les premiers éducateurs, et distribuer ces documents dans les centres dédiés à la prévention et dans les centres de santé. 

d) Prévoir des visites régulières des agents de santé préventive dans les écoles afin d’appuyer de façon concrète les cours d’éducation en santé et en prévention. 

e) Créer ou renforcer des agences nationales dédiées à la prévention des maladies et à la promotion du bien-être, chargées de définir et d’actualiser les politiques nationales de prévention et de superviser les centres décentralisés dédiés à la prévention et à la promotion du bien-être sur l’intégralité du territoire national. 

f) Créer une plateforme numérique unique à l’échelle nationale chargée de disséminer via le téléphone mobile, les réseaux sociaux, des applications, des messages destinés au grand public pour la prévention des maladies et le maintien en bonne santé physique et mentale, de promouvoir et de certifier les sites internet et applications mobiles existants qui fournissent des informations fiables en matière de prévention de maladies spécifiques comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires, les cancers, etc. 

g) Créer ou consolider un réseau de centres d’information sur la prévention et le bienêtre installés autant que possible dans toutes les communes et communautés rurales : 

     • Doter les centres d’information de conseillers en santé et en prévention recrutés sur concours à l’échelle des régions ou départements au sein des jeunes diplômés de l’enseignement secondaire et supérieur puis spécifiquement formés dans les écoles de santé publique pour exercer leurs missions sur la base de contrats de durée déterminée renouvelables prévoyant notamment une évaluation par les usagers 

     • Utiliser ces centres comme points d’orientation au sein du système de santé pour améliorer le système d’accueil des hôpitaux et centres de santé (prise en compte des langues locales et niveau d’éducation)

• Attribuer comme missions principales à ces centres l’accueil et l’information des populations sur les habitudes, les comportements, les pratiques reconnus pour favoriser une bonne santé physique et mentale, notamment l’importance de l’hygiène, des activités physiques quotidiennes, d’une alimentation saine et équilibrée (et adaptée au pouvoir d’achat et à la disponibilité locale de biens alimentaires), sur les principaux facteurs de risques sanitaires et domestiques • Disposer au sein des centres de conseillers spécifiquement formés pour l’accueil et l’information des jeunes garçons et filles sur les questions de santé sexuelle et reproductive 

• Consulter les populations à l’échelle locale sur l’emplacement idéal de ces centres qui doivent être facilement accessibles à tous, et ne doivent pas être assimilés à des centres de santé ou hôpitaux mais à des espaces de services publics gratuits dédiés au bien-être individuel et communautaire 

• Adapter les conseils fournis par les centres aux réalités communautaires en valorisant la médecine traditionnelle et en incluant tous les différents acteurs dans la prestation de soins de santé comme dans le cadre de l’éducation sanitaire préventive : accoucheuses traditionnelles, professionnels locaux du domaine de la santé, groupes religieux, chefs coutumiers, établissements d’éducation, organisations non gouvernementales actives au plan local 

• Prévoir l’organisation par ces centres de rencontres trimestrielles dédiées à la prévention des maladies et au bien-être ouvertes à tous et permettant à tous les acteurs sociaux influents dans l’éducation sanitaire des populations d’échanger des idées, notamment des professionnels locaux du domaine de la santé, des leaders communautaires, des enseignants, des acteurs associatifs, des acteurs économiques locaux 

• En milieu rural, privilégier le recrutement de personnes ayant une appétence pour la prévention ou le secteur de la santé (tradipraticiens, enseignants à la retraite, jeunes ayant abandonné les études faute de moyens), pour créer plus facilement des relations de confiance avec les populations 

• Permettre une mobilité des agents de santé préventive afin qu’ils aillent également à la rencontre des populations dans les zones les plus isolées, comme cela se fait dans le cadre des programmes de sensibilisation contre le paludisme dans beaucoup de pays.

2 – Assurer la formation de ressources humaines suffisantes dans le domaine de la santé, y compris la santé mentale, leur distribution équitable sur les territoires nationaux et leur encadrement effectif

a) Investir dans la formation des professionnels de santé sur la base d’une planification déterminée par l’identification précise des besoins et des manques les plus importants en matière de médecins spécialistes, d’infirmiers et …
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