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« Les réflexions de l’IPED visent à améliorer les politiques publiques par l’instauration d’un système efficace de suivi-évaluation des projets », entretien avec Mamadou Hafiziou Barry, Directeur de l’Initiative pour la prospective économique et le développement durable
ENTRETIENS

« Les réflexions de l’IPED visent à améliorer les politiques publiques par l’instauration d’un système efficace de suivi-évaluation des projets », entretien avec Mamadou Hafiziou Barry, Directeur de l’Initiative pour la prospective économique et le développement durable

Pouvez-vous présenter votre organisation l’IPED ?

L’Initiative pour la prospective économique et le développement durable (IPED) est un think tank guinéen travaillant sur les questions de gouvernance économique, politique et sociale. Elle réunit des chercheurs expérimentés dans divers domaines en lien avec ses centres d’intérêt. Les réflexions de l’IPED visent à améliorer les politiques publiques par l’instauration d’un système efficace de suivi-évaluation des projets. Les impacts des infrastructures socio-économiques sur les populations environnantes, les questions de sécurité transfrontalière, les migrations et la transparence des élections en Afrique constituent les autres champs d’intervention idéologique de l’IPED.

Notre organisation dispose, par ailleurs, d’un cadre dénommé IPED Academy au sein duquel des conférences-débats sont organisés avec à la clé une restitution avec la publication de policy briefs.

Quelle est la mission générale de l’IPED, ses liens avec l’État et les autres acteurs de la société ? 

Notre mission est d’apporter une contribution sur des problématiques telles que la gouvernance, la lutte contre la pauvreté, la croissance économique, l’évaluation des politiques publiques, les impacts environnementaux et sociaux des barrages… Il s’agit donc de participer au débat public sur des sujets d’intérêt national à travers des propositions scientifiques.

Ce travail se fait en étroite collaboration avec d’autres acteurs de la société civile et du monde universitaire. Ainsi, dans notre comité scientifique, nous avons par exemple des chercheurs de plusieurs universités dont l’université Général Lansana Conté de Sonfonia et l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Par ailleurs, si nous voulons disséminer un policy brief que nous avons réalisé ou que nous nous intéressons à un problème particulier, nous organisons un atelier où sont associés d’autres acteurs de la société civile. Je prends l’exemple d’une étude de terrain que nous avons réalisée sur les impacts sociaux des différents barrages  en Guinée où notre approche a permis d’associer les différentes parties prenantes dont les populations affectées par les projets.

Nous sommes allés voir si les conditions de vie des populations concernées ont été améliorées après le barrage, si les personnes délogées ont bénéficié plus tard de bonnes conditions de réinstallation, bref est-ce que les problèmes fonciers engendrés par la construction de ces ouvrages ont été bien traités.

Cela a débouché plus tard sur un atelier national de restitution qui a regroupé tous les acteurs.  C’est de cette manière que nous impliquons les autres acteurs pour avoir une vue plus large sur le problème qui est posé et par là, recueillir des recommandations qui seront par la suite adressées à l’État. Comme vous le voyez, nous sommes une organisation indépendante et apolitique, mais cela ne nous empêche pas de travailler avec l’État.

En somme, nous travaillons sereinement avec tous les acteurs y compris l’État que nous sommes censés appuyer. L’IPED travaille cependant de manière indépendante

D’ailleurs, dans l’agrément des ONG en Guinée, à l’instar des think tanks, il est demandé de travailler de concert avec les structures étatiques pour apporter une contribution à l’atteinte des objectifs de développement. Ainsi, nous avons travaillé entretemps sur une étude portant évaluation des politiques publiques en Guinée avec l’appui technique et financier d’OSIWA.

A l’époque, cette collaboration s’est effectuée avec la primature. Cette étude a été validée au cours d’un atelier national qui a réuni des participants issus des départements ministériels, de la société civile et de nos partenaires internationaux tels que CLEAR Afrique et le Bureau d’Évaluation des Politiques Publiques du Bénin.

En somme, nous travaillons sereinement avec tous les acteurs y compris l’État que nous sommes censés appuyer. L’IPED travaille cependant de manière indépendante. Ses productions reposent sur des données probantes dénuées de toute considération partisane avec pour objectif, de contribuer à l’amélioration de la gouvernance du pays.

Quelles sont les activités en cours et les perspectives de l’IPED ?  

L’IPED envisage de contribuer à une sortie heureuse de la transition à travers une meilleure information des populations à la base sur la charte et la feuille de route de la transition.  Notre pays est en crise et cela nécessite l’implication de tous pour trouver les voies et moyens de sortir de la transition.

Actuellement, il y a deux positions. D’un côté, il y a ceux qui pensent que la charte a été rédigée sans eux, de façon unilatérale. De l’autre, ceux qui reconnaissent qu’ils ont déposé des mémos, et que c’est sur la base de ces propositions recueillies que la charte a été rédigée après bien évidemment, un travail de centralisation et de synthèse au niveau du département de l’administration du territoire.

De manière globale, l’IPED veut apporter sa contribution afin d’anticiper les crises futures.

Plus d’un an après la prise du pouvoir par le Colonel Mamadi Doumbouya, les acteurs n’arrivent pas à trouver un consensus au grand dam des populations qui continuent de souffrir. Si la détermination de la durée de la transition prend à elle seule tout ce temps, on se demande quand viendra l’heure de discuter du contenu de la feuille de route, combien de temps les discussions prendront avant d’aboutir à un document consensuel.

l’évaluation des politiques publiques est le meilleur moyen de s’assurer que les programmes élaborés et mis en œuvre par le gouvernement répondent effectivement aux besoins des populations

Notre objectif, c’est d’amener les gens et surtout les classes moyennes à s’intéresser au débat national sur la charte et aux décisions qui seront prises en leur nom. C’est pourquoi, ce sera un exercice impartial de dépouillement, d’analyse et de décryptage de chaque article proposé dans la charte de la transition, avec le peuple.

Il y a un autre projet qui nous tient à cœur. Il s’agit du renforcement des capacités des parlementaires sur l’évaluation des politiques publiques. Comme vous le savez, cette évaluation fait partie des missions dévolues au Conseil national de la transition (CNT), organe législatif actuellement en Guinée. Pour nous, l’évaluation des politiques publiques est le meilleur moyen de s’assurer que les programmes élaborés et mis en œuvre par le gouvernement répondent effectivement aux besoins des populations. Donc, il est important que les parlementaires soient mieux outillés sur cette question.

Autre action envisagée à notre niveau, c’est le renforcement des capacités des jeunes chercheurs en matière de rédaction scientifique et de méthodologie de recherche. Cette formation s’adresse à de jeunes chercheurs évoluant au sein des centres de recherche et des universités.

On compte s’intéresser également à la problématique de la réconciliation nationale. Nous voulons organiser une conférence-débat sur le sujet. Cette rencontre réunira les acteurs de la société civile, des droits de l’homme, bref tous les acteurs clés pour échanger sur les approches à explorer pour réussir une véritable réconciliation nationale.

Dans la même veine, nous envisageons des face-à-face périodiques entre un leader politique et les étudiants par exemple afin qu’il entretienne le public sur son programme de gouvernance une fois qu’il sera élu. En plus des étudiants, nous pensons qu’on peut également associer à cette initiative, d’autres organisations de la société civile.

L’objectif de cette action, c’est que l’apaisement ait lieu, que les gens puissent regarder désormais les projets de société des candidats secteur par secteur, au lieu de se focaliser sur la provenance ethnique ou toutes autres considérations subjectives. Tout ceci pourra rejaillir sur le développement.

L’IPED est membre du réseau Solution Think Tank (STT) au sein duquel il a contribué à la rédaction de plusieurs articles sur les commissions électorales, la libre circulation des personnes et des biens… Actuellement, l’IPED travaille avec d’autres think tank ouest-africains pour la rédaction d’un article sur le financement des collectivités locales en Afrique de l’Ouest.

Quelles sont les priorités de l’IPED ?

Nous sommes dans une situation de blocage où ce qui importe, c’est le dialogue. Tout le monde est concerné. Les projets de développement sont importants, mais il faut dialoguer d’abord. Sans la paix, le développement est une quête vouée à l’échec. C’est de la discussion que jaillit la lumière. Les chercheurs représentent des réservoirs d’idées que la Guinée n’exploite pas suffisamment.

A notre avis, il serait intéressant de doter le secteur de la recherche de ressources financières et techniques suffisantes pour l’atteinte de ses objectifs. En Guinée, il est reconnu que le secteur de la recherche n’a pas suffisamment de moyens pour mettre en œuvre une politique. Il est urgent d’y faire face pour créer les conditions de la réflexion. Enfin, l’État peut faire recours aux résultats de recherche pour améliorer la gouvernance générale du pays et réussir son développement.

 

Biographie

Mamadou Hafiziou Barry est le directeur de l’Initiative pour la prospective économique et le développement durable. Ingénieur civil guinéen, spécialisé en gestion intégrée des ressources en eau, il a réalisé plusieurs consultations portant entre autres sur les questions de gestion de l’eau, de changement climatique, de construction d’infrastructures hydrauliques et de fonctionnement des commissions électorales. Mamadou Hafiziou Barry est auteur de deux ouvrages. Il s’agit de « Eau, source de conflits : cas de la Guinée », publié aux éditions universitaires européennes en 2016 et de « Hadja Rabiatou Sérah Diallo – Vie et combats d’une égérie syndicale » publié aux éditions l’Harmattan, 2019.

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